On connaît tous cette scène: deux enfants hurlant pour le même objet. En tant que parent ou enseignant, le réflexe est immédiat: «Arrêtez! C’est quoi le problème? Qui a commencé?» Sans le vouloir, nous nous mettons en position d’arbitre.
J’ai longtemps fait cette erreur. Je pensais que mon rôle était d’imposer la justice et de trouver la meilleure solution pour eux. Je distribuais des « partages » forcés et des excuses obligatoires. Mais en faisant cela, je maintenais les enfants dans un rapport de force et je ne leur apprenais rien sur la gestion de leurs propres besoins. Il existe pourtant une posture infiniment plus puissante: celle du médiateur respectueux.
Le piège de l’arbitre et le besoin de pouvoir
Lorsqu’on arbitre, on utilise son pouvoir pour régler une situation. On prend parti, on juge et on impose notre solution.
Le cerveau de l’arbitre cherche l’efficacité immédiate. Le problème, c’est que la solution imposée ne satisfait souvent personne. Elle nourrit la rancœur et le sentiment d’injustice, ou pire, une fausse soumission. L’arbitre est indispensable au bon fonctionnement du groupe, mais il n’enseigne pas l’autonomie. Face à deux enfants, ou même deux collaborateurs en désaccord, imposer une solution court-circuite leur propre pouvoir d’agir.
Le médiateur et la création de sécurité
Poser une limite respectueuse consiste à parler de soi, de ce que l’on vit et de ce dont on a besoin, plutôt que de pointer du doigt les défauts de l’autre. La médiation commence par la création d’un espace de sécurité.
Un médiateur efficace n’a pas pour rôle de trouver la solution, mais de garantir le processus. Il s’appuie sur une structure simple et transparente, sans manipulation :
- Le temps d’arrêt et la description factuelle (sans jugement): «Stop. Je vois deux enfants qui tirent sur la même voiture et qui hurlent. Ça paraît être difficile pour vous deux.» (Une caméra, sans nommer de coupable).
- L’expression des sentiments et des besoins de chacun: «Toi, tu as besoin de jouer avec cette voiture parce que tu aimes sa couleur? Et toi, tu as besoin de l’utiliser pour construire ton garage?» (Reflecter les besoins, sans valider les stratégies).
- L’invitation à la solution: «Comment on peut s’organiser pour que vos deux besoins soient remplis?»
Faire confiance au potentiel de résolution de l’autre

L’impératif crée mécaniquement une résistance. En refusant de donner la solution, le médiateur engage la responsabilité et la créativité des pairs.
- ❌ Approche arbitraire: «Pierre, donne la voiture à Marc, tu l’as eue assez longtemps!» (Résultat: Pierre ressent de l’injustice, Marc ne se sent pas responsable de la satisfaction de son besoin).
- ✅ Formulation respectueuse: «Je vous laisse quelques minutes pour trouver une solution qui vous convienne à tous les deux. Si vous bloquez, je suis là pour vous aider à réfléchir.»
En exprimant sa confiance dans leur capacité à résoudre le problème, nous leur offrons l’opportunité de développer leur intelligence émotionnelle et leur autonomie sociale.

